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13/11/2013

“Où va la musique contemporaine ?” ou la petite phrase de trop.

Quand il m’arrive d’écouter France Culture, je suis particulièrement attentif. Parce que les choses qui se disent sur cette antenne sont généralement sérieuses et généralement dites par des gens réputés sérieux.

J’ai donc écouté (très sérieusement et avec la plus grande attention) l’échange entre les compositeurs Karol Beffa et Philippe Manoury à l’invitation d’Alain Finkelkraut dans l’émission Répliques du 9 novembre 2013, prolongeant le débat ayant fait suite à la conférence de Jérôme Ducros au Collège de France en décembre 2012 sur les antagonismes esthétiques de la musique contemporaine que vous pouvez visionner sur le site du collège.

Je ne reviens pas sur cette question au demeurant fort peu passionnante car finalement stérile (les pour vs. les contre). L’émission sobrement intitulée : “Où va la musique contemporaine ?” (vous pouvez la réécouter intégralement ici), a été de bonne tenue avec échanges polis mais fermes parfois un peu stéréotypés entre deux compositeurs ne partageant rien ou presque sur les questions esthétiques, pas de vrai débat mais des questions, des réponses.

Et puis tout à coup vers la fin de l’émission, cette phrase prononcée par Karol Beffa, venant de loin (et j’imagine préparée) qui me laisse une très désagréable impression car elle déborde le cadre du choix esthétique du compositeur pour remettre en cause ses qualités intrinsèques de musicien, la maîtrise de son métier, de son artisanat, ce qui ne saurait être acceptable.

La voici cette phrase, dans son contexte, mais vous pouvez aussi écouter l’intégralité de l’émission en sachant quelle se situe vers 45’.


podcast


la phrase mérite d’être citée car lue elle révèle toute sa violence, son arrogance, sa médiocrité  :

“… très souvent les carences effroyables de métier de (ces ?) compositeurs sont apparues au grand jour et c’est très bien d’introduire un peu plus de pulsation, d’avoir un rythme harmonique légèrement plus lent, mais si vous n’avez pas forcément l’outillage intellectuel ou artisanal pour le faire ça risque de sonner un peu bancal …”

Petite explication de texte : les compositeurs (contemporains atonaux, il faut préciser) revenant à un peu plus de paramètres hérités de la musique pré-atonalité (la réappropriation selon le terme employé par Jérôme Ducros et rapporté par Karol Beffa) comme le rythme, l’harmonie, la mélodie (qui au passage ne sont en rien des propriétés exclusives du système tonal, en effet je peux entendre et analyser ces paramètres dans de très nombreuses oeuvres aux esthétiques très variées) ont montré leurs limites et leurs faiblesses, un métier incomplet, inabouti, fragmentaire, un manque de tenue intellectuelle,

Que faut-il comprendre (en creux) et que je vois apparaitre en filigranne de tels propos ? Si des compositeurs ont suivis la voie de l’atonalité et des esthétiques dans la continuté de celle-ci c’est parce qu’ils n’avaient ni le métier ni les forces intellectuelles pour évoluer durablement dans une musique plus référencée à la tradition tonale. La preuve, en réintroduisant périodicité rythmique et développement harmoniques perceptibles dans une certaine continuité ils ont mis à nu les manques flagrants de leur compétences techniques créant ainsi des oeuvres bancales, de mauvaises factures, en un mot : faiblardes

Carences effroyables

Le choix de l’atonalité serait (encore une fois si je comprends bien et je crois que c’est le cas) le fait de mauvais compositeurs aux carences effroyables, incapables de même posséder un vrai métier : écriture, orchestration, oreille harmonique puissante, sens et capacité de développement, ils n’entendent pas, ne contrôlent rien, ce qui revient à dire : “cette musique : c’est vraiment  n’importe quoi”.

Philippe Manoury a répondu un peu maladroitement (mais je le comprends et je ne le blâme pas) en contre attaquant sur le même terrain et mettant à son tour en cause les qualités d’orchestrateur de Steve Reich, ce qui fait dériver l’échange vers la musique de film, ce qui est un tout autre sujet.

Je ne vais attaquer personne et certainement pas M. Beffa, mais à mes yeux il se discrédite totalement et les sous-entendus de ses propos sont indignes. Je propose donc un petit tour d’horizon de quelques oeuvres (j’ai choisi des concertos pour violon pour plus de lisibilité), juste pour le plaisir d’entendre quelques oeuvres bancales dues aux carences effroyables de compositeurs atonaux dans les domaines de l’harmonie ou de la gestion de la pulsation.

Le premier extrait ne fait pas partie de la liste, car il est sans aucun doute maîtrisé en tout point et d’une facture irréprochable.

Karol Beffa, concerto pour violon

http://www.youtube.com/watch?v=MesO6ZxhJNY&noredirect=1

György Ligeti, concerto pour violon

http://www.youtube.com/watch?v=oLy26ZZDRbc&list=PLCCD...

Philippe Manoury, Synapses

http://www.youtube.com/watch?v=nNerK88zxgE

Georg Friedrich Haas, violin Concerto

http://www.youtube.com/watch?v=vqneV9s245s

Peter Eotvos, Seven

http://www.youtube.com/watch?v=5wWZlD-AYFE


Jean-Louis AGOBET - 12 novembre 2013

Commentaires

Si je comprends bien la pensée de Karol Beffa, c'est un peu comme si Picasso avait versé dans le cubisme parce qu'il ne savait pas dessiner autrement qu'avec une règle...

Écrit par : Jean H. | 13/11/2013

Absolument !
JLA

Écrit par : JLA | 13/11/2013

Comme la "musique romantique", le "jazz", "la musique contemporaine" appartient déjà à l'histoire.
Pendant cette émission, j'écrivais.....une nouvelle pièce...
"Où va la musique contemporaine ?" n'est plus une question. C'est au mieux un argument radiophonique qui par ailleurs si l'on persiste à penser que c'est une question, ne concerne pas seulement les compositeurs.
A cette question j'en préfère une autre: "la création après la musique contemporaine ?"pour paraphraser Philippe Leroux, Fausto Romitelli et jean Luc Hervé. Pour y répondre, débattre est moins important qu'écrire et témoigner par l'acte de création même.......

Écrit par : Fourès | 14/11/2013

Comme la "musique romantique", le "jazz", "la musique contemporaine" appartient déjà à l'histoire.
Pendant cette émission, j'écrivais.....une nouvelle pièce...
"Où va la musique contemporaine ?" n'est plus une question. C'est au mieux un argument radiophonique qui par ailleurs si l'on persiste à penser que c'est une question, ne concerne pas seulement les compositeurs.
A cette question j'en préfère une autre: "la création après la musique contemporaine ?"pour paraphraser Philippe Leroux, Fausto Romitelli et jean Luc Hervé. Pour y répondre, débattre est moins important qu'écrire et témoigner par l'acte de création même.......

Écrit par : Fourès | 14/11/2013

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