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20/09/2008

Médiathèque André Malraux

Je publie ici le texte à propos de la Médiathèque Malraux, initialement paru sur le blog Relatio-europe.eu le 14 septembre dernier. Je profite de cette publication pour annoncer le début du projet LabOrchestre, dont nous reparlerons prochainement.


Médiathèque André Malraux ;
Pour l’implantation d’un centre dédié à la découverte et à la pédagogie musicales.

Comme toute réalisation ambitieuse et d’envergure, la Médiathèque André Malraux (a) fait débat que ce soit dans sa réalisation architecturale ou dans ses missions. Quoi qu’il en soit, après la polémique vient le temps des projets et de leur réalisation concrète, nous y sommes.
En effet, la question maintenant se pose : Au-delà de la vocation première (historique ?) d’une bibliothèque/médiathèque, de son positionnement et de son rôle dans le paysage culturel Strasbourgeois et du grand Est - je dirais même au niveau national et européen - comment valoriser un tel lieu et lui donner l’épaisseur qu’il mérite, qu’il doit avoir, tout en le mettant au service des habitants de la Communauté Urbaine de Strasbourg ?

Personne ne peut ignorer qu’un lieu comme celui-ci, plus qu’un espace dédié au livre et à la lecture doit être un lieu de culture au sens large et s’engager aux cotés d’autres institutions, dans ce qui doit être sa mission première: un lieu d’échanges. Il doit favoriser l’accès de tous à la culture, à travers des activités pédagogiques et éditoriales destinées aussi bien aux adultes qu’aux jeunes.

Depuis bien longtemps, je milite (le terme est choisi) pour la création d’une structure dédiée à la pédagogie musicale. Relais indispensable des institutions existantes (orchestre, conservatoire, opéra, associations, …), qui doit permettre à chacun d’être en contact avec la musique en étant orienté, guidé, écouté aussi, pouvoir se documenter, rencontrer, …
Je me suis engagé dans cette voie depuis la fin des années 90 avec la formalisation d’un projet de centre pour la pédagogie musicale, à Montpellier d’abord, puis auprès de l’Orchestre Philharmonique de Strasbourg où j’ai eu la charge du département éducatif entre 2004 et 2005.

Depuis cette période, j’ai été l’invité de nombreuses structures pour encadrer de tels projets et je suis aujourd’hui particulièrement impliqué dans le développement d’un centre à Tokyo (Japon) ou j’ai animé en juillet dernier les premiers ateliers après presque deux ans de travail sur le terrain.

Ce sujet me tient à cœur, j’en connais toutes les facettes et j’y consacre une grande partie de mon temps, il me semble aujourd’hui parfaitement évident que c’est au sein de la Médiathèque André Malraux que doit se développer un tel projet, concept unique en France.



Mais pourquoi imaginer un lieu de pédagogie musicale dans une bibliothèque ?
Parce que c’est un lieu ouvert où l’on croise les publics les plus variés. Une telle offre ne doit pas s’adresser à un public précis (qui viendrait forcément à vous, où que vous soyez) elle doit aussi créer l’intérêt chez ceux, très nombreux, qui passent dans ce lieu dans un esprit de butineur ou d’explorateur. Et c’est cela la particularité du lieu à la différence d’une salle de concert ou d’un théâtre ; c’est qu’on y vient parfois sans autre objectif que de découvrir quelque chose, et la découverte créer l’envie.
Par ailleurs, ce lieu a pour vocation naturelle d’être le vaisseau amiral d'un futur réseau de médiathèques communautaires (Illkirch, Lingolsheim, Schiltigheim, …) faisant rayonner ainsi cette activité au delà de ses murs (une fois de plus aucun autre lieu ne peut irriguer à ce point).

"Si on veut que la communauté urbaine vive son intégration politique, cela passe aussi par les arts et la culture", commente le président de la CUS, M. Jacques Bigot.

Et cela passe par la pédagogie, la sensibilisation, l’accès le plus simple et facile à ce que bien trop souvent on considère comme une discipline hermétique, la musique, pour cela il faut plus qu’un pôle d'excellence.

Alors, comment doit-on s’y prendre ? que pourra-t-on y trouver ?

Ce n’est évidemment pas le lieu ici de présenter les détails, les contenus pédagogiques d’un tel projet, ce temps viendra. Mais je veux tracer quelques grandes lignes, claires et préciser avant tout un point qui me semble capital : les missions d’un centre dédié à la pédagogie musicale, ne sont en aucun cas celles qui sont du ressort du Conservatoire ou des écoles de musique. Dans ces lieux, (encore et encore, je me répète) la démarche des « utilisateurs » est volontaire et souvent le contact avec la musique à déjà eu lieu en amont, que ce soit parfois en milieu scolaire, mais plus généralement dans la sphère familiale. Cependant la complementarité et l’échange avec ces établissements doit être constante, transparente.

Avant tout, ce centre doit être un lieu pour découvrir la musique, apprendre à l’écouter, en savoir plus, aborder les langages et les styles musicaux, les instruments, le son, … Il devra pouvoir offrir une documentation simple, adaptée et complète en relation avec les programmes des institutions musicales.
Proposer un cycle de conférences, rencontres et concerts autour de thématiques larges. Permettre l’accès au plus grand nombre de documents vidéo et sonores avec un accompagnement spécifique (l’emprunt et la consultation simple étant la norme actuellement dans le domaine musical).
Créer des ponts et mettre en relation l’écrit et le sonore, le texte et la musique.
Enfin faire intervenir des artistes et des pédagogues particulièrement impliqués dans cette démarche, dans le cadre d’un programme d’activité s’adressant à toutes les tranches d’ages.

Je suis convaincu qu’un tel projet trouvera naturellement sa place dans ce nouveau lieu. Et à l’image d’André Malraux, avant tout aventurier et homme de culture, la Médiathèque doit s’inscrire dans l’aventure culturelle, qui est toujours une porte ouverte vers la découverte et le plaisir.

 

© Jean-Louis Agobet (13/09/2008)

11/09/2008

Génération ... sur iTunes

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08/09/2008

Ecouter, jouer, créer - introduction

L'introduction de l'ouvrage en préparation, sortie prévue fin 2008.

© Jean-Louis Agobet - 2008 pour la version française - Tous droits de traduction, de reproduction et d'adaptation réservés pour tous pays.

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Jean-Louis Agobet
Ecouter, jouer, créer

Pour qu’écouter et créer ne soit plus l’exception





Introduction

A leur manière, en s’appropriant et réinventant le monde sonore qui les entoure, les enfants découvrent et comprennent qu’ils peuvent devenir acteurs de ce monde sonore, se familiariser avec lui, l’apprivoiser, jouer à partir de leurs propres règles, prendre conscience du langage qu’il implique, des structures de celui-ci. Créer enfin et s’ouvrir, sûrement, vers le goût de la musique pour en devenir un auditeur attentif et curieux et pourquoi pas un acteur sensible et ouvert.

Ici n’est pas le lieu de l’enseignement ou de la formation musicale, nous n’avons ni vocation ni compétence à le faire, mais nous pouvons très simplement ouvrir les enfants au(x) monde(s) sonore(s), leur apprendre à écouter, à comprendre, et quoi de mieux que de se plonger soi-même dans ce monde pour en percevoir la richesse et le plaisir qu’il procure. Créer c’est être libre et la liberté c’est choisir. Pour faire un choix il faut pouvoir se déterminer et cela n’est possible qu’en connaissance.
Voilà pourquoi il y a un lien très fort entre une approche active et créative du son et le public de demain des salles de concert ou plus simplement le futur auditeur. Ecouter n’est pas consommer. Pour bien écouter il faut comprendre.
Pas de méthode, pas de dogme, des pistes, expérimentées, vérifiées maintes et maintes fois afin de valider cette proposition de pédagogie de la créativité sonore.

Pour autant, la liberté et le jeu peuvent parfaitement s’épanouir dans une certaine rigueur, avec parfois des contraintes nécessaires. Car si le mode du jeu et du plaisir doivent prévaloir, certaines notions exigent un nécessaire effort pour être comprises et acquises. Nous reviendrons en détail sur ces notions et sur les moyens pour les transmettre le plus simplement, le plus clairement mais aussi le plus efficacement. Ou plutôt pour faire en sorte que dans l’écoute et l’expérimentation elles deviennent naturellement évidentes.
Rien n’a plus de valeur que ce qui est appréhendé, compris, acquis dans un processus actif de la part de l’enfant. Nous n’aborderons pas ici, du moins dans le détail, ce qu’on appelle communément « pédagogie active », bien que quand Célestin Freinet dit : « La voie normale de l’acquisition n’est nullement l’observation, l’explication et la démonstration, processus essentiel de l’école, mais le tâtonnement expérimental, démarche naturelle et universelle. » il a parfaitement raison et illustre utilement notre propos.
Il est vrai aussi qu’il n’y a rien à transmettre dans cette pédagogie de la créativité sonore. Tout est en celui qui fait : la charge est présente, seul le détonateur est manquant. C’est le rôle que nous souhaitons décrire et encourager.

Il faut maintenant se poser la question essentielle du « pourquoi ». Pourquoi une telle démarche ? Où a-t-elle sa place ? Quels en sont les objectifs ? Comme nous l’avons dit auparavant, il n’est pas question d’enseigner la musique. Mais comment peut-on – car nous sommes tous auditeurs potentiels – apprécier une œuvre musicale si l’on ne sait rien du monde sonore, des instruments, du jeu, de la composition ?...
On a abandonné l’éducation artistique depuis bien longtemps et par là même la créativité qui est au cœur de toute activité. Si l’on en croit René Rizzardo, le responsable de l’observatoire des politiques culturelles de Grenoble, la créativité sera dans un très proche avenir  « au cœur de l’économie ».
Il faut se projeter loin pour pouvoir se retourner et regarder le chemin à parcourir. Dans ce domaine et en termes de pédagogie, il faut se projeter dans vingt ans, pas dans quinze jours !
Certaines institutions culturelles l’on bien compris. En particulier les musées qui proposent une approche pédagogique très créative basée sur l’observation et l’expérimentation tournée très largement vers l’art contemporain. En musique ? rien ou presque. Les grands orchestres se lamentent de voir vieillir les salles, de perdre leurs abonnés, mais ne font quasiment rien. Nous y reviendrons.  L’éducation nationale a deserté ce territoire, refusant toute méthode alternative à ce qui fonde ses mécanismes, l’étude des règles et des lois.
Il faut des règles et des lois, c’est même la condition pour faire un bon musicien, mais ils faut qu’elles deviennent nécessaires pour celui qui fait : dans le jeu on cherche toujours les règles, quitte à les écrire soi-même. Osons ici cette comparaison, en musique cela s’appelle la composition. Il faut offrir une approche facile et ludique, tout en étant parfaitement structurée, pour permettre aux enfants de devenir musiciens-créateurs, et d’expérimenter eux-mêmes dans le cadre d’atelier de « composition » ce langage trop souvent jugé complexe, qu’est la musique. Et cela passe par le sonore car la musique est faite de sons et les enfants composent avec le son, celui qu’ils produisent, puis inventent un langage et structurent leur pensée. Cela permet d’aborder le monde sonore, la gestualité et son articulation dans un langage et bien sûr l’écrit, ou plus exactement la signification du signe, sa correspondance sonore.
Du petit ensemble de solistes au « grand orchestre », ces ateliers collectifs, bases essentielles de ce travail, devraient les amener à imaginer leur propre musique. Ils pourront ainsi développer entre autres, leur sens du rythme et des couleurs sonores. Cet ensemble de créateurs-instrumentistes permettra l’apparition d’un répertoire unique, production des enfants eux-mêmes.

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